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L'interdiction des HFC sauvera-t-elle la planète ?

Depuis quelques jours maintenant, la presse qualifie unanimement d’ « historique » l’accord signé à Kigali (Rwanda) par la communauté internationale en vue de planifier la disparition progressive des hydrofluorocarbures, les désormais fameux HFC. Mais en quoi consiste exactement cet accord ? Les réponses avec notre interview exclusive de Denis Clodic, membre du Comité technique du programme des Nations unies pour l’Environnement. «?Globalement, c'est une très bonne nouvelle?», assure Denis Clodic, membre du Comité technique du programme des Nations unies pour l'Environnement depuis 1994. Cette bonne nouvelle, c'est l'annonce de la conclusion à Kigali (Rwanda) d'un accord s'attaquant aux hydrofluorocarbures, désormais connus sous le nom de HFC. Les HFC sont aujourd'hui essentiellement utilisés dans des applications de froid commercial et dans les installations de réfrigération et de climatisation individuelles. Mais ils apparaissent également dans les aérosols et les mousses d’isolation. Selon une étude de l'université de Berkeley, leurs émissions progressent de 10 à 15 % chaque année, à mesure notamment que les pays en développement s'équipent de systèmes de climatisation. Pour mieux comprendre le contexte dans lequel a été signé cet accord, revenons quelques décennies en arrière. Dans les années 1970, les scientifiques ont découvert que certaines substances, en particulier les chlorofluorocarbones -- les CFC largement répandus dans les aérosols -- appauvrissent la couche d’ozone et (ils s'y intéresseront plus tard) qu'elles présentent un Pouvoir de Réchauffement Global -- ou GWP en anglais -- tournant autour des 10.000. Cela signifie ni plus ni moins que ces gaz à effet de serre sont 10.000 fois plus puissants que le dioxyde de carbone (CO2), qui avait déjà une bien triste réputation?! Des centaines de millions de dollars sont bientôt investis dans la recherche et le développement de fluides frigorigènes de substitution. Rapidement, les industriels jettent alors leur dévolu sur les HFC. Car ceux-ci s'avèrent inoffensifs pour la couche d'ozone. Pourtant -- et c'est ce qui nous chiffonne aujourd'hui --, les HFC se posent eux aussi comme de puissants gaz à effet de serre. Leur GWP moyen se situe autour de 1.000. Et il y a moins de dix ans encore, le gérant écologique des produits fluorés de DuPont affirmait qu'«?il n'existe pas, du moins en ce qui concerne les produits réfrigérants, de substitut viable?». Depuis, heureusement, les choses ont changé et des solutions technologiques alternatives à ces gaz ont été trouvées, en tête desquelles, les hydrofluoro-oléfines, encore désignées par l'acronyme HFO. Ces fluides frigorigènes dits de quatrième génération sont constitués de molécules non saturées qui comptent au moins une liaison carbone-carbone double. Des molécules particulièrement réactives dans l'atmosphère. Leur courte durée de vie leur offre un GWP proche de 1?! Et, «?les HFO ont passé avec succès de nombreux tests de toxicité. Nous n'aurons pas de mauvaise surprise de ce côté?», affirme Denis Clodic. Les fluides frigorigènes dits naturels (ammoniac, CO2 et hydrocarbures), quant à eux, malgré leur relative dangerosité -- liée à leur inflammabilité notamment -- et leur manque d'efficacité, présentent également un faible GWP. «?Suite à l'accord de Kigali, estime Denis Clodic, ils devraient connaître une extension, même si elle doit rester modérée.?» Car en matière de réfrigérant, la solution unique n'existe pas. Différents fluides frigorigènes seront mis en œuvre pour répondre aux besoins spécifiques de différentes applications «?et même de différentes régions du globe?», souligne Denis Clodic. Ainsi dans la réfrigération domestique, par exemple, la charge reste faible et les caractéristiques des hydrocarbures répondent aux normes de sécurité imposées. Quant au CO2, il présente des qualités intéressantes pour les applications basses températures comme la réfrigération commerciale dite négative. Lorsque le climat est trop chaud, des solutions hybrides CO2/HFO peuvent être imaginées.

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