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Les sangs rongés

  • Une sonde pour le soleil

    Elle aurait pu s'appeler Icare, mais la future sonde de la Nasa qui va se rapprocher au plus près du Soleil se nommera "Parker Solar Probe". L'agence spatiale américaine a dévoilé le nouveau nom de son projet spatial, prévu pour 2018, ce mercredi 31 mai, en l'honneur de l'astrophysicien Eugene Parker. Ce spécialiste du Soleil a notamment imaginé, dans les années 50, un modèle où le soleil émettait un flux de plasma à haute vitesse à travers tout le système solaire. Ainsi était né le vent solaire, qui a depuis été maintes fois observé. C'est la première fois qu'une mission de la Nasa est nommé en l'hommage d'un scientifique encore vivant. Si ce n'est pas la première sonde à viser le Soleil et orbiter autour, ce sera le vaisseau à s'en rapprocher le plus, et de loin. En s'aidant de la force gravitationnelle de Venus, la sonde va réussir à se rapprocher à quelques 6 millions de km de notre étoile. C'est sept fois plus proche que le précédent record de la sonde Helios 2, lancée en 1976, rappelle le Guardian. De la taille d'une voiture, la sonde Parker Solar sera capable de supporter une température extrême de 1400°C, grâce à un gros bouclier. Pourquoi se rapprocher si près? Car c'est à cette distance que le vent solaire accélère tellement qu'il voyage plus vite que le son. Une zone critique qui devrait nous en apprendre beaucoup sur la création de ces phénomènes, mais aussi sur la structure même du soleil. Les scientifiques aimeraient bien comprendre plus exactement comment l'atmosphère de l'étoile peut être bien plus chaude que la surface. Plus d'un million de degrés celsius contre seulement quelque 6000. Si tout se déroule comme prévu, la sonde devrait être lancée entre le 31 juillet et le 19 août.

  • La mauvaise passe du droit du travail

    Le titre du livre Il faut sauver le droit du travail! pourrait prêter à mauvaise interprétation car, passé l’introduction, il y est moins question des critiques récurrentes qu’essuie désormais le droit du travail et des contre-arguments qu’on pourrait leur opposer, que de l’amoindrissement des protections qu’il offre ou pourrait offrir à l’avenir si l’on n’y prenait garde. Il s’agit donc moins d’une défense ou d’un plaidoyer en faveur du droit du travail que d’un constat des atteintes qu’il subit. L’auteur –professeur à l’université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et associé du cabinet Corpus Consultants qui réunit des professeurs de droit et qui a maintenant sa collection chez Odile Jacob– identifie ainsi trois défis auxquels le droit du travail est confronté. Premièrement, le fait de dénier la subordination du salarié à son employeur pour justifier d’un moindre besoin de protection (salaire minimum, limitation de la durée du travail, congés, protection contre le licenciement, etc.). Deuxièmement, la priorité donnée à l’emploi pour justifier d’une réduction de celle-ci. Et troisièmement, le primat de la logique de marché qui achève de dynamiter la protection des salariés. L’importance prise par le travail intellectuel, les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les nouveaux modes d’organisation du travail, qui accordent au travailleur plus d’autonomie, sont régulièrement mis en avant pour expliquer que la subordination du salarié à son employeur n’existe plus guère et que les protections qu’elle justifiait n’ont donc plus lieu d’être. Mais sous ces apparences, la subordination reste très présente, ne serait-ce qu’à travers les moyens de surveillance de ses salariés que détient aujourd’hui l’employeur. Elle prescrit ainsi de ne pas s’en remettre à la volonté exprimée du salarié sans s’assurer de la réalité de son consentement, comme de faire la chasse aux faux indépendants, auto-entrepreneurs mono-employeur en particulier. La montée de la revendication de la préservation des droits fondamentaux au travail ne dit pas autre chose: elle est le signe que «le contrôle a tout sauf disparu et franchit allègrement les frontières de la vie personnelle», explique l’auteur. La priorité donnée à l’emploi pousse à aller toujours plus loin dans le sens de la flexibilité horaire, de la mobilité, des possibilités de recours à des embauches sous contrats précaires, voire de la flexibilité salariale, alors que le Code du travail offre déjà sur tous ces points de larges possibilités, parfois encore assorties de contreparties, il est vrai. Le point de non-retour est ici l’atteinte à la santé. Si la prise en compte croissante, par le droit, des questions de santé au travail ne semble pas remettre directement en cause la priorité ci-dessus, la manière dont celle-ci s’est concrétisée dans l’obligation de sécurité et/ou les principes généraux de prévention est tout de même de nature à lui opposer quelque résistance. A condition que ceux-ci, dans un domaine qui reste difficile à objectiver a priori, ne puissent pas faire juste l’objet d’un traitement formel, comme on en voit régulièrement des exemples, ou, à peine mieux, qui ne viserait qu’à remédier aux problèmes les plus criants. Dans cette même veine, l’émergence de la problématique de la qualité de vie au travail est importante, dans le sens où elle porte l’ambition d’une articulation plus équitable entre l’économique et le social, comme le note l’auteur, même s’il faut sans doute se garder d’être trop optimiste à son endroit[1]. Le primat de la logique de marché se traduit par un éclatement de la grande entreprise en autant de filiales et de sous-traitants, par la contestation des institutions fondamentales du droit du travail, que ce soient les conventions collectives, les syndicats, la grève ou les règles sur le temps de travail, sur le fondement du droit de la concurrence et des libertés économiques et surtout par une remise en cause de toute valeur autre que la valeur actionnariale. Il nourrit ainsi «l’idée que la violation de la loi ou du contrat peut être fondée lorsque les coûts liés à une possible condamnation pécuniaire sont inférieurs aux bénéfices escomptés». Un principe que l’entreprise ne se gênera pas d’appliquer notamment aux licenciements économiques comme à leur contournement, tant qu’elle n’encourra que des dommages et intérêts, a fortiori si le barème d’indemnisation est fixé à l’avance, ou encore aux salariés détachés au sein de l’Union européenne, un domaine qui se caractérise par de nombreux abus.

  • Comme un pilote de chasse

    La semaine dernière, j'ai satisfait un fantasme de gosse : j'ai volé sur un avion de chasse. Ca s'est passé à l'aérodrome de Rennes, où je me suis présenté au matin. J'avais mal dormi la veille à l'idée de ce qui m'attendait. Une fois terminé le traditionnel briefing où l'on m'a décrit l'appareil, j'ai finalement enfilé mon uniforme de pilote et j'ai gagné le parking du tarmac. C'est là que le L-39 Albatros patientait. Impossible de ne pas le reconnaître, avec son empennage en V et ses couleurs flashy. C'est l'estomac noué, je suis monté dans l'appareil et harnaché à mon siège. Après tout un tas de check-lists, on était enfin parti. Je pensais me retrouver collé à mon siège, mais l'accélération est assez linéaire, ce qui fait qu'on ne sent pas vraiment les 200 km/h. Dès les premières minutes de vol, j'ai d'abord été surpris par la stabilité de l'avion : il n'oscille pas en dépit de vent assez fort. Les premières minutes se sont révélées plutôt anodines. Un peu trop, peut-être. Puis le pilote m'a demandé si j'étais prêt pour la partie acrobatique. J'ai répondu avec le sourire mais dès que ça a vraiment commencé, j'ai rapidement effacé mon sourire ! On a commencé par un huit brésilien. J'ai soudainement pesé plusieurs fois mon poids. J'ai voulu lever le bras mais il pesaient soudain leur poids. J'avais la sensation que mes joues tombaient, comme si quelqu'un tirait dessus. Le pilote m'a demandé si j'étais d'attaque pour continuer : je lui ai répondu en riant ; je ne pouvais m'en empêcher, à ce moment-là je ne me suis jamais senti aussi vivant. Pendant les courts instants de relâche entre chaque série, je tentais de retrouver mes repères, mais tout allait très vite et les manœuvres se suivaient sans discontinuer : tonneaux, vol sur le dos, tonneaux, virages. Le pilote semblait se faire plaisir. Le pilote me demandait à intervalles réguliers si j'étais encore avec lui, et je répondais par l'affirmative. Même si les évolutions qui allait crescendo, je me laissais progressivement aller, profitant pleinement de ces sensations insolites de perte de contrôle accompagnée d'une sécurité absolue. Curieusement, c'est sur le chemin du retour que j'ai fini par avoir des haut-le-cœur. Et pour finir, j'ai rempli le petit sac généreusement livré en début de vol. En savoir plus en suivant le lien sur le site de l'organisateur de ce vol en L-39.