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Les sangs rongés

  • La mauvaise passe du droit du travail

    Le titre du livre Il faut sauver le droit du travail! pourrait prêter à mauvaise interprétation car, passé l’introduction, il y est moins question des critiques récurrentes qu’essuie désormais le droit du travail et des contre-arguments qu’on pourrait leur opposer, que de l’amoindrissement des protections qu’il offre ou pourrait offrir à l’avenir si l’on n’y prenait garde. Il s’agit donc moins d’une défense ou d’un plaidoyer en faveur du droit du travail que d’un constat des atteintes qu’il subit. L’auteur –professeur à l’université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et associé du cabinet Corpus Consultants qui réunit des professeurs de droit et qui a maintenant sa collection chez Odile Jacob– identifie ainsi trois défis auxquels le droit du travail est confronté. Premièrement, le fait de dénier la subordination du salarié à son employeur pour justifier d’un moindre besoin de protection (salaire minimum, limitation de la durée du travail, congés, protection contre le licenciement, etc.). Deuxièmement, la priorité donnée à l’emploi pour justifier d’une réduction de celle-ci. Et troisièmement, le primat de la logique de marché qui achève de dynamiter la protection des salariés. L’importance prise par le travail intellectuel, les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les nouveaux modes d’organisation du travail, qui accordent au travailleur plus d’autonomie, sont régulièrement mis en avant pour expliquer que la subordination du salarié à son employeur n’existe plus guère et que les protections qu’elle justifiait n’ont donc plus lieu d’être. Mais sous ces apparences, la subordination reste très présente, ne serait-ce qu’à travers les moyens de surveillance de ses salariés que détient aujourd’hui l’employeur. Elle prescrit ainsi de ne pas s’en remettre à la volonté exprimée du salarié sans s’assurer de la réalité de son consentement, comme de faire la chasse aux faux indépendants, auto-entrepreneurs mono-employeur en particulier. La montée de la revendication de la préservation des droits fondamentaux au travail ne dit pas autre chose: elle est le signe que «le contrôle a tout sauf disparu et franchit allègrement les frontières de la vie personnelle», explique l’auteur. La priorité donnée à l’emploi pousse à aller toujours plus loin dans le sens de la flexibilité horaire, de la mobilité, des possibilités de recours à des embauches sous contrats précaires, voire de la flexibilité salariale, alors que le Code du travail offre déjà sur tous ces points de larges possibilités, parfois encore assorties de contreparties, il est vrai. Le point de non-retour est ici l’atteinte à la santé. Si la prise en compte croissante, par le droit, des questions de santé au travail ne semble pas remettre directement en cause la priorité ci-dessus, la manière dont celle-ci s’est concrétisée dans l’obligation de sécurité et/ou les principes généraux de prévention est tout de même de nature à lui opposer quelque résistance. A condition que ceux-ci, dans un domaine qui reste difficile à objectiver a priori, ne puissent pas faire juste l’objet d’un traitement formel, comme on en voit régulièrement des exemples, ou, à peine mieux, qui ne viserait qu’à remédier aux problèmes les plus criants. Dans cette même veine, l’émergence de la problématique de la qualité de vie au travail est importante, dans le sens où elle porte l’ambition d’une articulation plus équitable entre l’économique et le social, comme le note l’auteur, même s’il faut sans doute se garder d’être trop optimiste à son endroit[1]. Le primat de la logique de marché se traduit par un éclatement de la grande entreprise en autant de filiales et de sous-traitants, par la contestation des institutions fondamentales du droit du travail, que ce soient les conventions collectives, les syndicats, la grève ou les règles sur le temps de travail, sur le fondement du droit de la concurrence et des libertés économiques et surtout par une remise en cause de toute valeur autre que la valeur actionnariale. Il nourrit ainsi «l’idée que la violation de la loi ou du contrat peut être fondée lorsque les coûts liés à une possible condamnation pécuniaire sont inférieurs aux bénéfices escomptés». Un principe que l’entreprise ne se gênera pas d’appliquer notamment aux licenciements économiques comme à leur contournement, tant qu’elle n’encourra que des dommages et intérêts, a fortiori si le barème d’indemnisation est fixé à l’avance, ou encore aux salariés détachés au sein de l’Union européenne, un domaine qui se caractérise par de nombreux abus.

  • Comme un pilote de chasse

    La semaine dernière, j'ai satisfait un fantasme de gosse : j'ai volé sur un avion de chasse. Ca s'est passé à l'aérodrome de Rennes, où je me suis présenté au matin. J'avais mal dormi la veille à l'idée de ce qui m'attendait. Une fois terminé le traditionnel briefing où l'on m'a décrit l'appareil, j'ai finalement enfilé mon uniforme de pilote et j'ai gagné le parking du tarmac. C'est là que le L-39 Albatros patientait. Impossible de ne pas le reconnaître, avec son empennage en V et ses couleurs flashy. C'est l'estomac noué, je suis monté dans l'appareil et harnaché à mon siège. Après tout un tas de check-lists, on était enfin parti. Je pensais me retrouver collé à mon siège, mais l'accélération est assez linéaire, ce qui fait qu'on ne sent pas vraiment les 200 km/h. Dès les premières minutes de vol, j'ai d'abord été surpris par la stabilité de l'avion : il n'oscille pas en dépit de vent assez fort. Les premières minutes se sont révélées plutôt anodines. Un peu trop, peut-être. Puis le pilote m'a demandé si j'étais prêt pour la partie acrobatique. J'ai répondu avec le sourire mais dès que ça a vraiment commencé, j'ai rapidement effacé mon sourire ! On a commencé par un huit brésilien. J'ai soudainement pesé plusieurs fois mon poids. J'ai voulu lever le bras mais il pesaient soudain leur poids. J'avais la sensation que mes joues tombaient, comme si quelqu'un tirait dessus. Le pilote m'a demandé si j'étais d'attaque pour continuer : je lui ai répondu en riant ; je ne pouvais m'en empêcher, à ce moment-là je ne me suis jamais senti aussi vivant. Pendant les courts instants de relâche entre chaque série, je tentais de retrouver mes repères, mais tout allait très vite et les manœuvres se suivaient sans discontinuer : tonneaux, vol sur le dos, tonneaux, virages. Le pilote semblait se faire plaisir. Le pilote me demandait à intervalles réguliers si j'étais encore avec lui, et je répondais par l'affirmative. Même si les évolutions qui allait crescendo, je me laissais progressivement aller, profitant pleinement de ces sensations insolites de perte de contrôle accompagnée d'une sécurité absolue. Curieusement, c'est sur le chemin du retour que j'ai fini par avoir des haut-le-cœur. Et pour finir, j'ai rempli le petit sac généreusement livré en début de vol. En savoir plus en suivant le lien sur le site de l'organisateur de ce vol en L-39.

  • Famine déclarée dans plusieurs zones du Soudan du Sud

    Le gouvernement sud-soudanais a annoncé lundi que la famine touchait pour la première fois plusieurs zones du Soudan du Sud, ravagé par la guerre depuis plus de trois ans, alors que près de la moitié de la population du pays nécessite une assistance alimentaire. Lundi, trois organisations de l'Onu (Unicef, FAO et PAM) ont annoncé que 4,9 millions de Sud-soudanais, soit 42 % de la population totale du pays, avaient besoin d'une aide alimentaire d'urgence. Quelque 100 000 d'entre eux, dans le nord du pays, souffrent de famine, le niveau le plus élevé d'insécurité alimentaire. « Les effets à long terme du conflit, couplés aux prix élevés de la nourriture, à la crise économique, à une production agricole réduite et à un accès réduit aux moyens de subsistance, ont pour conséquence que 4,9 millions de Sud-soudanais (sur un total de 11 millions d'habitants) sont désormais classés dans les trois niveaux supérieurs de l'échelle IPC, la famine étant le plus élevé », a déclaré à la presse Isaiah Chol Aruai, président du Bureau national des statistiques, se basant sur l'échelle IPC, le standard le plus utilisé pour classifier la sécurité alimentaire. Pour rappel, l'IPC distingue cinq phases possibles dans la situation alimentaire d'un pays, la cinquième étant la « catastrophe/famine ». Quand plus de 20 % de la population d'une région est en situation de « catastrophe », que le taux de mortalité est supérieur à deux personnes pour 10 000 par jour et qu'une malnutrition aiguë touche plus de 30 % de la population, l'état de famine est déclaré. « La plus grande tragédie du rapport publié aujourd'hui… c'est que le problème a été causé par l'homme », a pour sa part regretté Eugene Owusu, coordinateur des affaires humanitaires de l'Onu pour le Soudan du Sud. Indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud a été plongé en décembre 2013 dans une guerre civile ayant fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés, malgré le déploiement de quelque 12 000 Casques bleus. Plus de 20 millions de personnes, rappelle l'AFP, risquent de mourir de faim au cours des six prochains mois, soit d'ici l'été, dans quatre famines distinctes. Au Yémen et au Soudan du Sud, les conflits et l'effondrement de l'économie empêchent les habitants de se procurer les denrées disponibles. Dans le nord-est du Nigeria, où des millions de personnes ont fui les militants extrémistes de Boko Haram, les commerces et marchés ne suffisent plus à nourrir la population, qui dépend fortement d'un système d'aide d'urgence débordé. Et en Afrique de l'Est, notamment en Somalie, une sécheresse frappe sévèrement l'agriculture traditionnelle.